Les griefs des Belges
On peut se poser la question de savoir pourquoi, malgré tant de progrès économiques et sociaux, la fusion entre Hollandais et Belges ne se réalisa pas et pourquoi, malgré 15 ans d’efforts, Guillaume 1er ne parvint pas à conquérir la sympathie de l’ensemble des Belges. Ce fut en grande partie à cause du roi lui-même, jugé trop absolu et trop hollandais. Mais il y eut aussi des causes d’oppositions fondamentales entre les 2 pays.
Voici les principaux griefs accumulés par les Belges entre 1815 et 1830.
L’emploi des langues
Au début de son règne, Guillaume 1er avait pris des mesures équitables en rétablissant, dès le 1er octobre 1814, le libre usage du flamand et du français. Le gouvernement employait les 2 langues et on les parlait indifféremment à la Seconde Chambre.
Mais à partir de 1819, le roi imposa exclusivement le néerlandais comme langue nationale officielle dans la partie flamande du pays, ajoutant en 1822 à cette partie les arrondissements de Bruxelles et de Louvain. Il agissait ainsi dans un sens administratif centralisateur et réagissait contre la persistance de l’esprit de francisation développé au sein de la bourgeoisie flamande sous le règne impérial.
Cette contrainte irrita les fonctionnaires, les membres du barreau, les notaires, les officiers et les étudiants.
- Les uns regrettaient la langue française
- Les autres, Flamands régionalistes et catholiques, habitués aux patois locaux, étaient hostiles au néerlandais qu’ils considéraient comme une langue différente de la leur.
La répartition des emplois officiels
Les emplois officiels étaient injustement répartis entre Belges et Hollandais. Le favoritisme dont bénéficiaient les Hollandais devenait indéniable dans l’administration et insupportable pour la plupart des Belges. En voici quelques exemples :
Fonction | Belges | Hollandais | Total |
---|---|---|---|
Ministres |
1 |
6 |
7 |
Hauts fonctionnaires |
17 |
283 |
300 |
Diplomates |
1 |
27 |
28 |
Lieutenants-généraux |
6 |
16 |
22 |
Généraux-majors |
8 |
45 |
53 |
Officiers |
400 (dont 377 étaient employés dans les colonies) |
1.977 |
2.377 |
Ajoutons encore que la plupart des établissements de l’Etat étaient situés en Hollande.
La dette publique
En 1814, la dette publique hollandaise s’élevait à 1,25 milliards de florins alors que la dette belge n’atteignait que 0,1 milliard de florins.
Malgré cette différence significative, la dette avait été partagée en 2 parts égales !
Le libre-échange
En matière économique, Guillaume 1er fit de louables efforts pour favoriser le Sud à l’égal du Nord. Mais les intérêts des 2 contrées se heurtaient parfois. Après avoir été protectionniste, le roi évolua peu à peu vers le libre-échange. Il mécontenta ainsi nos industriels.
La fiscalité
Des impôts nouveaux augmentèrent tellement le coût de la vie que de nombreuses familles, tant dans les campagnes que dans les villes, tombèrent dans la misère. Ainsi, des taxes sur la mouture et l’abattage, établies en 1822, frappaient surtout les classes les plus pauvres de la population.
La liberté de la presse
La Loi fondamentale de 1815 consacrait, en principe, la liberté de la presse. En réalité, l’application en était limitée par des règlements d’exception car Guillaume 1er ne souffrait aucune contradiction et il faisait poursuivre sévèrement les journalistes qui s’étaient permis de critiquer ses décisions.
L’enseignement
Le roi chercha à écarter le clergé de l’enseignement dont le monopole devait revenir à l’Etat. Dans cette optique, il avait :
- Fait expulser les frères des écoles chrétiennes d’origine française
- Exigé que tout professeur du secondaire soit titulaire d’un diplôme obtenu dans une université nationale
- Fermé les séminaires qu’il avait remplacés par le Collège philosophique de Louvain afin de contrôler la formation des futurs prêtres.
Cette politique provoqua une recrudescence du mécontentement des catholiques.
Tous ces griefs accumulés au fil du temps avaient produit un tel malaise général que les députés belges à la Seconde Chambre prirent l’habitude de voter en bloc contre le gouvernement et les collègues hollandais. De plus, le sentiment d’indifférence et d’éloignement entre les habitants du Nord et ceux du Sud ne faisaient qu’augmenter ...