Politique intérieure
Albert 1er est homme d’une grande sagesse, capable d’écoute et d’arbitrage.
Au début du 20e siècle, le parti catholique est au pouvoir de manière quasi ininterrompue depuis une trentaine d’années. Il est toutefois de plus en plus fortement critiqué par le jeune Parti Ouvrier qui lutte pour de meilleures conditions de travail et le suffrage universel. Si on ajoute à ces récriminations le mécontentement de la population flamande et un désaccord sur l’organisation de la scolarité, force est de constater que le débat politique serait complexe.
La question scolaire
La question scolaire n’est pas neuve et a déjà fait couler beaucoup d’encre. Elle se réveille alors que le premier ministre catholique, François Schollaert croit pouvoir la résoudre en instaurant l’enseignement primaire obligatoire. Afin de placer l’enseignement libre et l’enseignement officiel sur un pied d’égalité, il imagina un système de « bons scolaires » à mettre à la disposition des pères de famille. Les subsides auraient été répartis au prorata des bons récoltés par les écoles de chaque réseau.
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Frans Schollaert La Nouvelle Encyclopédie, p. 1514 |
Charles de Broqueville La Belgique centenaire, p. 279 |
Les partis de gauche rejettent ce projet comme étant destiné à avantager les écoles libres et organisent de violentes manifestations de rue entraînant la démission du gouvernement Schollaert. Albert 1er charge alors le catholique Charles de Broqueville de constituer un nouveau Cabinet qui, fort habilement, réussit à réaliser une grande partie de son programme, à savoir :
- L’instruction obligatoire jusqu’à l’âge de 14 ans, comportant la création du 4e degré
- Les subsides de l’Etat aux écoles libres reconnues
- L’accession du néerlandais comme langue d’enseignement moyen
Le suffrage universel

Léon Delacroix
Source : La Belgique centenaire, p. 229
A la veille de la guerre, les socialistes rouvrent le débat sur le suffrage universel pur et simple. Le gouvernement refuse de changer immédiatement la loi électorale mais évoque une lettre adressée par le premier ministre de Broqueville au roi dans laquelle est mentionnée la nécessité d’une révision constitutionnelle à cet effet. Le mot d’ordre de grève lancé par le parti socialiste est suivi par 370.000 ouvriers qui n’acceptent de cesser le mouvement qu’après le vote de ce point à l’ordre du jour de la prochaine révision.
L’ultimatum du 2 août 1914, met brusquement fin à la procédure.
Après la guerre, les socialistes mettent le roi sous pression et réclament le suffrage universel pour tous les hommes de 21 ans. Le roi considère que c’est là une nécessité et une mesure de simple justice en mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie dans les tranchées : l’humble troupier doit jouir des mêmes droits politiques que des civils plus âgés, plus instruits ou plus riches !
Le souverain charge Léon Delacroix, un catholique, de former un gouvernement avec les libéraux et les socialistes qui sont favorables au suffrage universel. Il décide également de ne pas suivre la Constitution à la lettre : les prochaines élections auront lieu au suffrage universel masculin à 21 ans avant la révision de la Constitution. C’était anormal mais imposé par les circonstances de la guerre.
Les revendications flamandes
Le règne d’Albert 1er est marqué par la naissance des premiers partis nationalistes flamands dont les revendications sont essentiellement linguistiques.
Figure de proue du Mouvement Flamand, Frans Van Cauwelaert a l’occasion de s’entretenir à plusieurs reprises avec le Roi pendant la guerre et à attirer son attention sur les inégalités de traitement infligées aux Flamands du seul fait de leur langue maternelle. Par ailleurs, en 1917, les soldats flamands adressent, de leur côté, une lettre au souverain pour lui présenter leurs doléances.

Frans Van Cauwelaert
La Belgique centenaire, p. 236
Albert 1er n’est pas insensible aux revendications de la Flandre et à son désir de s’épanouir : les Flamands ont souffert aux côtés des Wallons et doivent de ce fait disposer des moyens de développer leur culture propre. Dans sa réponse, il regrette de ne pouvoir faire de concessions pendant la guerre et se propose d’examiner la problématique après le conflit. Dans l’esprit de Van Cauwelaert, l’heure des Flamingants avait sonné ; l’influence du roi et des Anciens Combattants flamingants serait décisive. Dans son hebdomadaire « Vrij België », il fait le récit de ses audiences et fait naître ainsi le mythe du roi flamand.
En 1918, le roi est acclamé par l’ensemble de ses sujest et le nationalisme belge connaît une véritable flambée : les « Vive la Belgique » et « Leve België » fusent de toutes part. La question linguistique ne semblait plus à l’ordre du jour ! Et pourtant, c’est à cette époque qu’apparaît une tendance nationaliste en Flandre qui aboutit à la création du V.N.V. (Vlaams Nationaal Verbond).
Pour résoudre les problèmes les plus urgents, Albert 1er nomme un gouvernement composé de :
- 3 ministres wallons
- 5 ministres bruxellois francophones
- 4 ministres flamands (les flamingants ont été écartés)
Au sein de ce gouvernement, il apparaît rapidement qu’une aile importante ne veut pas toucher aux lois linguistiques et le roi se range à cet avis. Albert 1er aurait-il retourné sa veste ? Pas le moins du monde ! Sa décision s’inscrivait dans sa stratégie de « realpolitik » personnelle tendant à résoudre les problèmes au moment où ils se posent :
- Pendant la guerre, il avait pris conscience de la problématique linguistique mais n’était pas en mesure de la résoudre
- Après la guerre, il s’aperçut que la question ne présentait plus un caractère impératif et accepta d’en reporter l’examen à plus tard.
Le Roi est un Belge unitariste : l’unité du pays est, pour lui, primordiale. Il estime que le néerlandais doit se développer en Flandre, mais il croit aussi que le bilinguisme est un ciment contribuant au caractère du pays. Il veut le conserver.
En 1930, l’Université de l’Etat à Gand sera flamandisée et en 1932, une nouvelle législation en matière administrative consacrera l’unilinguisme des 2 parties du pays.